Transat des Alizés – Jour 19 : Tempête, vigilance et solidarité en pleine dépression

Introduction

Le dix-neuvième jour de la Transat des Alizés fut marqué par une dépression brutale, une mer formée et des décisions critiques.

Entre vents violents, manœuvres risquées et entraide entre voiliers, ce jour incarne la réalité de la course au large : imprévisible, exigeante, mais profondément humaine.

 2 décembre 1981 – 19ème jour de traversée

Cap compas au 280. Le vent de sud-ouest se renforce rapidement, le baromètre chute en flèche : nous entrons dans une nouvelle dépression.

 Le vent atteint bientôt les 30 nœuds, la mer se creuse, devient plus difficile. Le bateau lutte, le ciel se referme.

Les satanistes — ces petits oiseaux de mer — réapparaissent comme à chaque rafraîchissement du temps.

 Ils jouent avec les vagues, ricochant d’une crête à l’autre, comme des éclaireurs du mauvais temps.

Vers trois heures du matin, la tempête s’abat. 

Notre voilier, Pylônix, 14,50 mètres de long pour 13 tonnes, est couché sur le flanc par une vague déferlante. 

Recouvert d’eau comme un simple dériveur. À la barre, les bras sont lourds, la mer est forte, la pluie torrentielle, la visibilité réduite à quelques centaines de mètres.

Vers 15 heures, un équipier ose sortir son appareil photo pour filmer cette mer qui fume. Les vagues ont perdu leurs creux vertigineux de la nuit, mais le spectacle reste grandiose.

Le bateau et l’équipage, en revanche, sont marqués. À la vacation radio, nous apprenons que les autres concurrents sont dans la même situation. 

La dépression est générale, et elle risque de durer.

Nous interprétons un appel radio de M. Gliksman, capitaine du bateau accompagnateur : « Vous devez rester vigilants et attentifs. »

À 20 heures, je prends mon quart, attaché par deux harnais de sécurité. 

Le bateau gîte, tape, l’équipage peine à dormir. Cap compas 228, vitesse 5,5 nœuds, loch : 6006.

À 20h30, contact avec le voilier La Cavale. Il nous alerte : si nous ne changeons pas de cap, nous fonçons droit sur un mini-cyclone tropical.

 Nous obéissons, virons vers le sud. Le bateau tient bon malgré une mer très violente. Une simple bouteille d’huile de table se vide dans les cales, témoin discret du chaos ambiant.

La disparition du voilier Ty-Yann, qui a pris la fuite, nous trouble. 

Un ami de course, parti sans un mot, en pleine tourmente.

À 22 heures, La Cavale nous appelle : « Pylônix ! Pylônix ! Cargo à tribord arrière ! »

Un gigantesque bâtiment, à peine visible. Notre feu de tête de mât se casse. 

Christian, notre coéquipier, monte le réparer avec sa dextérité habituelle, dans le froid et l’urgence.

Trois jours de mauvais temps. Nous n’avons pas avancé. Nous avons reculé.

 Conclusion

Ce jour fut une épreuve. Une tempête, des décisions vitales, des appels fraternels. 

La mer, dans sa rudesse, révèle la solidarité des marins, la force des équipages, et la beauté du courage discret. Pylônix tient bon, porté par ses hommes et par l’esprit de la course.

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Journal de bord du 2 décembre 1981 – 19ème jour de la Transat des Alizés : tempête, dépression, manœuvres risquées, entraide entre voiliers et vigilance extrême. Une traversée marquée par la solidarité et la résilience.

 Catégorie

Navigation Atlantique / Journal de bord / Transat des Alizés / Tempête et vigilance

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