Introduction
Les 3ᵉ, 4ᵉ et 5ᵉ jours de la Transat 1984 furent marqués par des décisions tactiques, des incidents techniques et une navigation exigeante. Le voilier Almassira, fidèle à sa robustesse, poursuit son cap au 230°, en quête des vents porteurs du sud : les Alizés. Ce journal retrace les émotions, les manœuvres et les réflexions qui ont guidé l’équipage dans cette phase cruciale.
Trois jours entre brume, houle et décisions
Le 20 novembre, à 6 heures du matin, nous tenons le cap au 230°, avec un vent de Nord-Nord-Est établi à 25 nœuds. Nous avons doublé le voilier n°162 Tenacity. À 8 heures, un incident survient : le winch de spi, installé par le chantier, casse brutalement — les rivets ont cédé. Je tiens la drisse pour éviter que le spi ne s’emballe, mais je manque de m’envoler. Grâce à la réactivité de l’équipage, la voile est rapidement rentrée sur le pont.

Nous naviguons sous grand-voile, génois et artimon. Par VHF, nous apprenons que le mât du voilier n°333 est fragilisé au niveau de l’étambrai, et que le voilier Tonus a déchiré son spi.
À 22 heures, une brume épaisse réduit la visibilité à 50 mètres. Nous distinguons à peine le feu d’un voilier devant nous. Nous braquons le projecteur, mais la houle rend toute identification impossible. Ce n’est pas un moment rassurant
Navigation tactique et solidarité en Atlantique
Le lendemain, le vent de Nord-Est souffle à 4 à 5 Beaufort. Nous avançons à 7 nœuds en moyenne, toujours sous grand-voile et génois. À 8 heures, nous doublons un voilier sous spi par notre bâbord. Vingt minutes plus tard, le vent mollit : nous envoyons le spi asymétrique.
Vers 13 heures, le vent tombe complètement. Nous sommes à sec de toile, la houle de Nord-Ouest empêche toute propulsion. Nous envoyons alors la trinquette jumelée.
Toujours cap au 230°, nous croisons un cargo avec lequel nous échangeons par VHF sur le canal 9. Ce contact me permet de réfléchir à notre trajectoire : si les conditions le permettent, nous pourrions emprunter la route loxodromique. Mais vu le bon comportement d’Al Massira au largue, je propose au skipper d’envisager la route orthodromique — plus directe — si le vent et la mer le permettent.
Mon moral est bon : selon la logique, nous devons descendre progressivement vers le sud. Cette option est effectivement prise en considération.
Le jour suivant, toujours cap au 230°, nous naviguons sous grand-voile, trinquette jumelée et artimon. À 8h45, le skipper monte en tête de mât pour réparer la drisse de spi, qui frotte contre l’enrouleur de foc.
Nous établissons un contact radio avec Yachting France, le chantier constructeur du bateau, via Radio Las Palmas, pour transmettre nos salutations à ceux qui demandent de nos nouvelles.
À 13 heures, la météo RFI annonce un vent de Nord-Est établi à 20–25 nœuds au sud des Canaries. Au nord, le vent est faible et variable. Tous les concurrents situés plus au nord commencent à descendre vers le sud pour capter les vents d’est : les Alizés.
Conclusion
Ces trois jours de navigation ont été marqués par des ajustements techniques, des choix stratégiques et une volonté constante d’optimiser la route vers les Alizés. Almassira, malgré les incidents, démontre sa fiabilité. L’équipage, attentif et solidaire, affine sa trajectoire vers le sud, porté par l’intuition et l’expérience. La Transat continue, et chaque mille parcouru rapproche le Maroc de l’Atlantique profond.
Slug
transat-1984-cap-sud-almassira-20-novembre
Catégories
- Journal de bord
- Navigation transatlantique
- Incidents en mer
- Stratégie de route
- Mémoire maritime
Mots-clés
Almassira, Transat 1984, cap 230, vent NNE, spi cassé, voilier Tenacety, brume épaisse, cargo VHF, route loxodromique, route orthodromique, météo RFI, Alizés, Las Palmas, Yachting France
Méta description
Du 18 au 20 novembre 1984, le voilier Almassira poursuit sa route vers les Alizés. Entre incidents techniques, choix stratégiques et échanges radio, l’équipage affine sa trajectoire vers le sud, dans une mer agitée et une météo changeante.
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