Brume, réglages et approche de la terre : le 21ᵉ jour d’Al massira

Introduction

Le 21ᵉ jour de mer marque une transition émotive : la brume, les réglages constants, les premiers signes de la terre, et les souvenirs d’autres traversées. Ce journal retrace une journée de patience, de précision et de joie discrète à l’approche de l’arrivée.

 Journal du bord –  Entre brume et signes d’arrivée

Depuis 23 heures, nous étions sous pilote automatique. Mais face à l’absence de vent, je passe en manuel. Le loch n’enregistre que 3 milles. Une brise légère d’Est-Sud-Est s’établit progressivement, atteignant force 2 à 3. La brume est dense, presque palpable.

L’eau reste lisse, à peine ridée par un vent qui oscille entre 10 et 15 nœuds, tournant subtilement à chaque renforcement. Nous réglons sans cesse le spi, concentrés. Pour un temps, j’oublie mon obsession : arriver, arriver, arriver…

Le bruit de l’eau contre la coque évoque celui d’un lac matinal, encore emmitouflé dans la brume que le soleil n’a pas encore dissipée.

Vers 6 heures, le ciel se dégage. Le bleu revient, le soleil s’installe, et le vent établi d’Est-Sud-Est nous pousse à 6 nœuds. Une journée splendide commence. Dans trois jours, nous aurons l’île de la Désirade à notre tribord.

À 8 heures, nous affalons le spi et envoyons le génois léger. Peu après, trois avions survolent notre position — signe clair que la terre est proche. Nous sommes à environ 5 milles de l’arrivée.

Quatre cargos croisent notre route en sens inverse. Le skipper peut être fier : son option stratégique fut la bonne, et l’équipage est resté soudé et compréhensif. Nous allons boucler la traversée en moins de quatre semaines.

 Le souffle discret de l’arrivée

Petite remarque : en 1960, lors de la première course transatlantique entre Saint-Malo et Newport, Sir Francis Chichester met 40 jours avec un bateau de 13 tonnes. En 1964, Éric Tabarly réalise la traversée en un peu moins de 28 jours avec Pen-Duick II, un ketch de plus de 13 mètres. Et nous, malgré les accalmies, sommes sur le point d’arriver.

À 18 heures, nous recevons un appel VHF du voilier Alsinos, commandé par Jean-Paul Le Chartier, expert maritime basé à Casablanca. Il demande du gasoil et quelques vivres.

À 21 heures, le skipper nous offre du chocolat aux noisettes pour célébrer l’approche de l’arrivée. À 23 heures, sous la lumière de la lune, j’observe un banc de cétacés glissant sous la surface.

Nous affolons le spi une dernière fois, et le remplaçons par la grand-voile empanée et le génois tangonné.

 Conclusion

Ce 21ᵉ jour est celui des signes : la brume qui se lève, les avions qui survolent, les cargos qui croisent, les cétacés qui accompagnent. Al Massira approche de la terre, portée par le vent, la mémoire des grands navigateurs, et la cohésion d’un équipage uni.

 Slug

transat-1984-brume-arrivée-désirade-almassira

 Catégories

  • Journal de bord
  • Navigation transatlantique
  • Vie à bord
  • Approche de la terre
  • Mémoire maritime

 Mots-clés

Almassira, Transat 1984, brume épaisse, spi réglé, Désirade, approche de la terre, cargos croisés, VHF Alsinos, cétacés, comparaison Tabarly Chichester

 Méta description

Le 8 décembre 1984, Almassira progresse dans une brume épaisse, réglant sans cesse le spi sous une brise instable. À l’approche de la Désirade, les signes de la terre se multiplient. L’équipage savoure les derniers instants avant l’arrivée.


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